Retour sur le Colloque international "Textes, livres et discours à l'épreuve de l'imprimé"
Les 2 et 3 avril derniers s’est tenu le colloque international « Textes, livres et discours à l’épreuve de l’imprimé », coorganisé par Anne Rochebouet et Catherine Rideau-Kikuchi, toutes deux maîtresses de conférence à l’UVSQ, respectivement en littérature médiévale et en histoire médiévale. L’évènement a été financé par l’Institut universitaire de France et accueilli au Campus Versailles.
Ces deux journées ont rassemblé des spécialistes européens du passage du manuscrit à l’imprimé issus de différentes disciplines : histoire, littérature, linguistique, histoire de l’art. L’objectif de cette rencontre était de discuter de ce que le nouveau média imprimé fait aux savoirs et aux discours médiévaux, en observant la manière dont les textes passent d’un support à l’autre, leur mise en page comme en image, mais également leurs usages et leur diffusion.
Les interventions ont permis des discussions particulièrement riches autour d’études de cas diverses, dans des aires linguistiques et/ou géographiques très variées, de l'Italie aux Pays-Bas et à l'Empire : textes juridiques, livres d’heure, histoires universelles, romans arthuriens ou encore livrets relatant les entrées royales ont permis de mettre en évidence les enjeux de ces différents genres, mais également les problématiques communes au passage d’un média à l’autre, qui n’empêche pas des formes longues de cohabitations entre support manuscrit et imprimé.
Plusieurs questions centrales sont ainsi ressorties. Beaucoup de réflexions issues de l’histoire du livre ont permis de réfléchir aux formes d’identité visuelles des imprimés et des manuscrits, entre emprunt, tradition et innovation. Il a beaucoup été question de l’autorité de l’écrit et des phénomènes d’auctorialité qui peuvent se transformer au contact de l’imprimé et au fil des éditions : qui sont les noms qui apparaissent dans le paratexte et qui servent de références, réelles ou supposées, pour l’ouvrage ? qui décide des normes de mise en page ou des normes linguistiques qui sont employées ?
La question de l’usage réel de ces livres a également traversé les deux journées, à la fois pour remettre en cause l’idée que les livres n’étaient pas utilisés dans de larges fractions de la population avant l’imprimé, mais aussi pour poser la question d’un usage différent entre livre manuscrit et imprimé, qui témoignerait d’un rapport à l’écrit qui se transforme au contact de la nouvelle technique. Ces usages différenciés pourraient permettre d’expliquer certaines différences observées dans le choix des mots, des textes ou des images. Contre également l’idée de la fixité du livre imprimé, beaucoup de communications ont montré que les lecteurs et lectrices savent dans les deux cas jouer des possibilités que le support leur offre.