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[AAC JE CULTURHISTO] Les acteurs de l’environnement : habiter, exploiter, représenter

Journée d'études doctorales CULTURHISTO organisée par le CHCSC et DYPAC

le 24 juin 2020

24 juin 2020
Depuis 2012, un projet pour l’implantation d’un parc éolien offshore au large de la baie de Saint-Brieuc, au nord de la Bretagne, cristallise les tensions entre industriels, marins- pêcheurs, associations de protection de l’environnement et habitants de la baie. En effet, chacun de ces acteurs a développé une relation particulière à son environnement, façonnée par des enjeux, des usages et des rapports spécifiques qui témoignent de la pluralité des stratégies de ces acteurs dans leur manière d’habiter, d’exploiter et de (se) représenter l’environnement.

L’environnement peut être défini dans un premier temps comme tout ce qui entoure, environne, les hommes. On entend en effet par environnement, dans le sens commun, l’ensemble des éléments biotiques ou abiotiques, objectifs ou subjectifs, qui entourent un individu ou une société et dont certains contribuent directement à subvenir à ses besoins. Pourtant on ne saurait affirmer longtemps une stricte séparation entre l’homme et la nature. A la suite de William Cronon, il s’agit de déconstruire le mythe de la wilderness : les sociétés humaines ne trouvent pas de « nature vierge » sur laquelle faire porter leurs besoins en détruisant du même coup la prétendue naturalité environnementale. Il faut donc prendre la mesure d’une construction sociale de l’environnement en liant histoire physique et histoire humaine. Il s’agit également de rappeler la nature dialogique et dialectique des rapports entre les sociétés et leur environnement, en prenant en compte non seulement les rapports de l’homme sur l’environnement et de l’environnement sur l’homme, mais aussi les processus cycliques et réflexifs induits par leurs actions respectives. C’est  pourquoi nous avons choisi de centrer notre propos autour des acteurs de l’environnement, en particulier les sociétés humaines, tant ils constituent le cœur de cette double relation. Néanmoins, dans les traces de l’histoire environnementale, il est nécessaire de sortir d’un certain anthropocentrisme en n’oubliant pas de prendre en compte l’agentivité de la faune et de la flore, acteurs à part entière, qu’on ne saurait rabaisser au rang de simple décor, objet passif d’une action de l’homme sur son milieu.

Cette variété d’actions et d’interactions entre les acteurs et l’environnement se décline en trois notions. D’abord la notion d’habiter, empruntée à la discipline géographique qui insiste sur l’analyse de l’être-au-monde des acteurs d’un territoire, sur les différentes manières qu’ils ont de s’approprier, de construire, d’aménager, de pratiquer un lieu et les conséquences que cela a sur eux dans un processus réflexif. La notion de l’exploitation ensuite, qui interroge les processus de transformation d’un lieu donné en ressources, les processus d’industrialisation du vivant et les logiques de consommation de la nature. Cette notion d’exploitation ne doit pas être entendue en un sens purement productiviste mais dans son sens le plus neutre, intégrant ainsi les logiques de préservation et de conservation environnementale. Enfin, dans une perspective culturelle, la notion de représentation, qui invite à énoncer les conditions de possibilité de la tenue d’un discours ou d’une refiguration de l’environnement en mettant en valeurs les concurrences, les échelles et les limites de ces valeurs et représentations de l’environnement.

Cette journée d’études entend ainsi s’inscrire dans le champ de l’histoire environnementale – champ qui s’est particulièrement développé depuis les années 1970 aux Etats-Unis et dans le monde anglo-saxon mais qui est encore relativement récent en France. A travers les communications proposées et dans une approche historique et transdisciplinaire, il s’agira de chercher à comprendre la diversité à la fois des structures écologiques qui constituent les sociétés anciennes et contemporaines et aussi les pratiques, les relations et les usages des acteurs qui participent à ces structures. Cette approche transdisciplinaire est essentielle car on ne saurait se passer de l’apport des autres sciences, sociales ou non, pour appréhender la dialectique esquissée entre acteurs et environnement. On ne saurait non plus restreindre le cadre chronologique et scalaire des interventions. Notre approche se voulant culturaliste, c’est-à-dire celle d’une histoire sociale des représentations, on aura soin de bien appréhender les acteurs de l’environnement, leurs statuts, leurs formations, leurs rôles, leurs valeurs, leurs représentations. Pour ce faire, quatre axes de recherche sont proposés :

Les acteurs de l’environnement

De l’individu et son rapport personnel à son milieu, jusqu’aux autorités et institutions (publiques ou privées), en passant par l’identification de différents groupes sociaux, qui sont les acteurs de l’environnement ? Il s’agit également, à partir de cet axe, d’interroger la nature des acteurs en question et ainsi de sortir d’un anthropocentrisme naturel en questionnant l’agentivité propre des non-humains dans la construction de leur environnement ou leur co- construction avec l’homme.

Les usages de l’environnement

Pourquoi et comment les acteurs de l’environnement font-ils usage de celui-ci ? Cet axe pose la question des rapports entre les acteurs et leur milieu et, plus particulièrement  grâce à la notion d’usages, celle de la relation pratique et pragmatique qui anime les différents acteurs vis-à-vis de leur environnement. Ce sont ici les notions d’habiter et d’exploiter dans toute leur richesse sémantique qu’il s’agit d’interroger. On pourra articuler les réflexions autour des enjeux de production et de consommation, tout autant qu’autour des notions de conservation et de préservation.

Conflits et partage de l’environnement

Comment s’opèrent les relations au sein d’un environnement que nous avons en partage ? Comment la mise en commun de celui-ci, ou au contraire son appropriation exclusive, s’effectue-t-elle ? Il s’agira d’étudier les rapports entre les acteurs eux-mêmes et comment leurs usages de l’environnement peuvent être source de luttes, d’inégalités ou de négociations, selon un prisme allant du conflit le plus virulent pour l’appropriation d’une ressource à celui d’un partage accepté et raisonné.

Comment (se) représenter l’environnement

Enfin, dans une perspective plus sociale et culturelle, on s’interrogera sur les représentations que les acteurs ont ou font de l’environnement, que celles-ci soient mentales, artistiques, discursives, philosophiques, religieuses, cartographiques, etc. Il s’agit ainsi de repenser l’environnement comme une construction par ses différents acteurs et d’étudier les mécanismes et les conditions de possibilité de ses représentations. L’enjeu est également d’interroger l’évolution du rapport sensible des sociétés à leur environnement via leur esthétique ou leurs imaginaires.

Calendrier :

Retour des propositions au plus tard le : dimanche 25 février 2020
Réponses au plus tard le : dimanche 15 mars 2020
Date de la journée d’étude : mercredi 24 juin 2020 (à Saint-Quentin-en-Yvelines)

Modalités :

Cette journée d’études se veut pluridisciplinaire et ouverte à différents champs de recherche issus des sciences humaines et sociales (anthropologie, histoire, sociologie, histoire de l’art, musicologie, lettres, études théâtrales, études cinématographiques, histoire visuelle, droit, langues, sciences de l’information et de la communication, etc.).
Cet appel à communications est ouvert à tous les doctorants et jeunes docteurs ayant soutenu leur thèse ces dernières années, en France ou à l’étranger.

Les communications se feront en français ou en anglais. Les propositions de communication (500 mots environ) sont à envoyer, accompagnées d’une courte présentation de l’auteur (comprenant le titre, la discipline de la thèse, l’année de soutenance le cas échéant ainsi que l’université ou l’organisme de rattachement) au plus tard le 25 février à l’adresse suivante : doctorants.chcsc@gmail.com


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